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La stratégie MONSANTO : breveter le vivant

santelavie.com : lundi 6 octobre 2008

L’argumentaire de vente de Monsanto vise non pas à démentir et contrecarrer les remises en question sur les OGM mais à présenter ces semences transgéniques comme des atouts pour les agriculteurs et plus généralement les consommateurs du monde entier.

Rappelons tout d’abord que la firme a développé le tristement célèbre Agent orange, défoliant utilisé pendant la guerre du Vietnam et qui aurait fait plus de 4 millions de victimes. Mais le produit phare de Monsanto, c’est le Round up : l’herbicide le plus vendu au monde. Arguments de vente choc : non-nocif, il n’a que très peu d’impact sur l’environnement. En réalité, le principe actif de ce produit (le glyphosate) est toxique pour l’homme. Des études l’ont démontré. Mais il est également toxique pour les animaux, les eaux et les sols dont il détruit les micro-organismes. Depuis 2001, le glyphosate est classé : « N-R51 : dangereux pour l’environnement - toxique pour les organismes aquatiques ». En France, l’entreprise Monsanto a même été condamnée en 2007 pour publicité mensongère. La société doit notamment modifier les mentions laisse le sol propre et biodégradable inscrites de façon très visible sur l’emballage du produit.

« Une agriculture de qualité, compétitive et durable »

Sur des prétextes d’amélioration de la rentabilité et de la qualité des récoltes, les grands semenciers ont mis en place un processus d’asservissement des petits producteurs grâce au système des brevets. Jusque dans les années 20, les agriculteurs ressemaient l’année suivante les graines produites par la génération précédente, ce qui permettait un brassage génétique et donc, le développement de la biodiversité. Pour réaliser des profits plus réguliers, les semenciers ont donc commencé à créer des variétés hybrides par croisement sexué (les F1) vendues sur l’argument d’une rentabilité et d’une qualité plus sûres pour les agriculteurs. Cependant, ces variétés, si elles sont ressemées l’année suivante, ont des rendements bien inférieurs, ce qui encourage les agriculteurs à racheter chaque année des semences. A la fin des années 90, Monsanto lance en Argentine le kit Round up Ready contenant l’herbicide et une semence OGM résistante. Monsanto avance que ses semences permettent d’utiliser moins de pesticides. En réalité, les paysans argentins qui les utilisent depuis 10 ans ont dans le même temps multiplié par 150 leur consommation de pesticides. Certaines mauvaises herbes sont devenues « tolérantes » au Round up, c’est-à-dire que d’années en années, il faut en utiliser davantage pour éradiquer toutes les mauvaises herbes. Résultat : les sols s’appauvrissent et le phénomène d’érosion s’accélère. L’impact sanitaire de l’épandage réalisé par avion n’est pas prouvé scientifiquement, pourtant de plus en plus d’enfants et d’adultes présentent des symptômes inquiétants comme des « irritations de la peau et des yeux, nausées et étourdissements, œdème pulmonaire, baisse de pression sanguine, réactions allergiques, douleurs abdominales, perte massive de liquide gastro-intestinal, vomissements, perte de conscience, destruction de globules rouges, électrocardiogrammes anormaux, dégât ou défaut des reins » selon une enquête réalisée par un médecin de Buenos Aires, le Dr Jorge Kaczewer.

Breveter pour asservir

En 2004, Monsanto réclame aux paysans argentins les royalties pour les neuf années précédentes où ils ont réutilisé les semences d’une année sur l’autre. La firme a laissé les paysans s’échanger librement leurs semences génétiquement modifiées, les habituant ainsi à cette nouvelle forme d’agriculture. Monsanto a attendu qu’ils en soient dépendants avant de les contraindre à payer de plus en plus cher pour utiliser ses produits. Une stratégie de long terme, très planifiée. Forte d’une très puissante équipe juridique, la firme attaque désormais en justice les paysans de nombreux pays qui réutilisent ses semences sans avoir payé les royalties, même ceux dont les champs ont été contaminés par pollinisation. José Bové témoigne du cas argentin dans une interview radio. Exemple au Canada de Percy Schmeiser, fermier attaqué par la compagnie puis condamné pour violation de brevets. Pourtant, il a toujours clamé son opposition aux OGM et soutient que ses champs ont été contaminés par des cultures voisines. Dans de nombreux pays comme les Etats-Unis ou l’Argentine, il devient quasiment impossible de produire des céréales dont on peut certifier qu’elles ne sont pas transgéniques. Ces cultures sont celles qui servent notamment à alimenter le bétail. Rappelons que la France importe chaque année 3 millions de tonnes de tourteaux soja transgéniques, destinés à l’alimentation animale. Les impacts sur les animaux qui consomment ces OGM sont peu connus et les éleveurs commencent à mettre en doute les produits Monsanto, constatant souvent sans pouvoir le prouver une incidence sur la fertilité et le système hormonal de leurs animaux. Guy Kastler revient sur cet impact des OGM sur les animaux dans cette interview radio. Concernant les cultures, les agriculteurs constatent une baisse de rendement et une résistance accrue des insectes. Mais la firme a tout prévu et a introduit une nouvelle clause dans ses contrats : interdiction d’intenter un procès si les semences ne donnaient pas les résultats attendus.

Propriétaire du vivant

La firme a également tenté de créer une semence stérile surnommée Terminator mais devant le tollé mondial, notamment des ONG, Monsanto s’est engagé publiquement à ne pas la commercialiser. Les recherches et la promotion de ces semences se poursuivent néanmoins activement. Dernier projet de Monsanto : breveter le porc ! La firme a déposé des demandes de brevets dans 160 pays dont les Etats-Unis. Brevet très large, sur certaines séquences d’ADN du porc, qui pourrait donner à Monsanto le contrôle sur une grande proportion des porcs élevés dans le monde entier. En effet, si la firme parvient à breveter ces parties du génome porcin, elle pourrait réclamer à des éleveurs du monde entier des royalties en raison de la présence, même naturelle, de ces séquences d’ADN. L’enjeu est énorme : le porc représente un marché mondial de plusieurs milliards de dollars. L’objectif de Monsanto, déjà premier producteur mondial de semences, semble donc dépasser la simple volonté d’acquérir plus de parts de marché. Il s’agit de parvenir à une situation de monopole pour contrôler l’approvisionnement alimentaire mondiale.

 

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