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Les biocarburants : alternative ou voie sans issue ?

santelavie.com : samedi 10 octobre 2009

L’histoire de l’évolution humaine a toujours été liée à la maîtrise de l’énergie. À l’aube des temps, L’homme utilisa une première source d’énergie : le bois. Mais l’accroissement de la population a induit une consommation massive de cette matière première et une déforestation galopante a peu à peu altéré nos paysages familiers (îles de la méditerranée, Islande…).

À l’ère de la technologie, le bois céda la place au charbon. Pour la première fois, l’homme utilisait une énergie fossile non renouvelable. Le développement et la démocratisation du transport nous obligea ensuite à choisir une autre source d’énergie fossile : le pétrole. Aujourd’hui l’âge du pétrole touche à sa fin. La manne pétrolière s’épuisant, il est donc temps de songer à un plan de remplacement. Plusieurs solutions sont avancées : le gaz naturel, la relance du nucléaire, l’énergie solaire, l’énergie nucléaire de fusion de l’hydrogène en hélium (comme le soleil), l’énergie thermique… ou les biocarburants.

Définition

Les biocarburants – ou agrocarburants – sont des combustibles liquides obtenus à partir de plantes cultivées telles que la betterave, le maïs, le colza, le tournesol, le blé, la pomme de terre… Etymologiquement, ce terme est issu du grec « bios » qui signifie « vie » ou « vivant » et du latin « carbo » qui signifie « charbon ». Les biocarburants sont assimilés à une source d’énergie renouvelable. Attention, beaucoup de personnes pensent encore que les biocarburants sont directement issus de cultures biologiques (à cause du préfixe « bio »), mais ce n’est pas le cas. Le terme agrocarburant semblerait donc plus approprié mais hélas moins utilisé. Les biocarburants sont aujourd’hui au cœur de l’actualité et peuvent apparaître sous des termes aussi différents que « carburant vert », « carburant végétal », « carburant de synthèse », « biocombustible » ou « bioessence ».

Comment ça marche ?

Il existe trois sortes de biocarburants : 1 – La filière des alcools (éthanol et méthanol) : on soumet du blé, du maïs, des betteraves, de la canne à sucre ou de l’ulve (algue) à un procédé de fermentation et de transformation en sucre. Le sucre est ensuite distillé et transformé en alcool : l’éthanol. L’éthanol peut remplacer partiellement ou totalement l’essence. On peut aussi l’associer à du gazole. Les États-Unis et le Brésil produisent à eux seuls 95% de l’éthanol carburant dans le monde. Le méthanol ou alcool de bois peut également remplacer l’essence mais il est très toxique pour l’homme. 2 – La filière huiles : ces biocarburants sont généralement obtenus à partir de plantes oléifères comme le colza, le tournesol, le karanj, la pourghère (Jatropha curcas) ou le palmier à huile. Cette huile végétale brute est ensuite utilisée dans des moteurs diesels adaptés. On peut également produire des biocarburants à base d’huiles de friture usagées, d’huiles d’abattoirs et de poissonneries. Lauri Venoy, un homme d’affaires norvégien, propose même de recycler les graisses humaines obtenues par liposuccion ! 3 - La filière Biodiesel : c’est un biocarburant obtenu à partir d’huile végétale ou animale. L’huile de base est mise en présence d’un alcool et on obtient un ester : le biodiesel, censé remplacer le diesel classique. Pour produire du biodiesel, les Français utilisent de l’huile de colza alors que les Américains préfèrent le soja. Le biodiesel peut être utilisé comme carburant dans les moteurs à allumage par compression. Il ne contient pas de soufre, n’est pas toxique et est hautement biodégradable. En France, nous désignons ce biocarburant sous le terme de « diester » (déposé par Sofiproteol). Selon l’European Biodiesel Board (EBB), la France a produit 743 000 tonnes de biodiesel en 2006.

Avantages des biocarburants

Les avantages communément invoqués par les partisans des biocarburants sont :

1 / Leur pérennité : les biocarburants ne sont pas des énergies fossiles, ce sont donc des énergies renouvelables. Ils ne sont pas censés s’épuiser.

2 / Leur impact environnemental : les biocarburants contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, dit-on. Leur combustion semblerait nettement moins polluante que celle des carburants fossiles. Elle produit pas ou peu d’oxydes azotés et soufrés (NOx, SOx), de la vapeur d’eau et du CO2. Ce dernier ayant déjà été stocké par la plante lors de sa croissance, il n’augmente pas la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. L’homme, lui, émet chaque année 24 milliards de tonnes de C02 dans l’atmosphère. Les émissions massives de gaz à effet de serre (C02, CH4 etc.) sont à l’origine du réchauffement climatique. On estime que le remplacement d’1 tonne d’essence par 1 tonne d’éthanol réduirait de 75% les émissions de gaz à effet de serre.

3 / La création d’emplois : l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) estime qu’introduire 10 % de biocarburants dans nos réservoirs pourrait créer, d’ici à 2010, 30 000 emplois dans le secteur agricole de l’approvisionnement et de la transformation. En Europe, on parle de 45 000 à 75 000 emplois.

Biocarburants et le monde

Plus de 17 pays s’enflamment pour les biocarburants. George W. Bush – qui a déclaré en 2006 que son pays devrait se passer de 75 % du pétrole issu du Proche-Orient d’ici 2025 – est depuis longtemps un fervent défenseur des biocarburants qu’il a baptisés « l’élixir magique ». La France partage ses convictions : « Tripler la production française de biocarburants », c’est l’engagement pris par Jean-Pierre Raffarin le 17 septembre 2004. Le 19 mai 2005, notre gouvernement lance une nouvelle phase du plan Biocarburants pour la période 2008-2010. L’Union européenne s’est fixé l’objectif de 6% de biocarburants en 2010 et 10% dix ans plus tard. Le ministère chinois des Finances vient d’élaborer un projet de politique visant à promouvoir la production de cultures non-alimentaires pour fabriquer des biocarburants. L’Inde durcit sa détermination d’augmenter la production et l’utilisation des biocarburants.

Inconvénients des biocarburants

Trois inconvénients majeurs pourraient freiner le développement des biocarburants :

1 / Leurs coûts de production : les biocarburants peuvent être coûteux – jusqu’à trois fois plus que l’essence.

2 / Ils représentent une menace pour la sécurité alimentaire. L’engouement mondial pour le bioéthanol a fait décoller le prix du maïs à l’échelle planétaire. Cela s’est répercuté sur les œufs, les sodas, le lait, les pâtisseries, la viande… En effet on utilise le maïs pour nourrir les animaux. Le prix des autres végétaux transformables en éthanol (blé, colza, soja…) a suivi. Ce qui est d’autant plus préoccupant car les stocks mondiaux de céréales n’ont jamais été aussi bas depuis 30 ans. Par exemple, au Mexique, le prix de la tortilla a augmenté de 14 % en 2006…

3 / Pas si écologiques que ça : Paul J. Crutzen, prix Nobel de chimie, affirme que la plupart des espèces végétales cultivées en Europe et aux Etats-Unis pour produire du « carburant vert » risquent en réalité d’accélérer le réchauffement climatique en raison des pratiques agricoles intensives. À l’arrivée, dit-il, les biocarburants rejettent plus de gaz à effet de serre qu’ils n’en absorbent à cause des engrais utilisés dans les méthodes de culture modernes. Et surtout, ils rejettent notamment de l’oxyde nitreux, qui est 300 fois plus nocif pour le climat que le dioxyde de carbone. On ne parle pas de l’emploi massif d’engrais, de pesticides pour ces cultures. Concernant l’Inde et la Chine, un rapport de l’IWMI révèle que leur volonté d’accroître leur production de biocarburants comporte de sérieux risques pour leur futurs approvisionnements en eau.

Le cas brésilien

Le Brésil est le 1er exportateur mondial d’éthanol et le second producteur derrière les Etats-Unis. Dans un article implacable publié en juin 2007, la journaliste Lamia Oualalou raconte la situation engendrée par la « folie éthanol » dans la région de Riberao Preto (Etat de São Paolo). Le prix de la terre a doublé. Les petits paysans doivent s’exiler par milliers et échouent, pour la plupart, dans les favelas. Ce sont des flots de miséreux venus d’un peu partout qui viennent couper la canne à sucre, pour un salaire, on le devine, plus que dérisoire. L’université de São Carlos dresse le portrait suivant : durant une journée, un coupeur de canne doit parcourir 9 km entre les tiges coupantes, fléchir les jambes 36 000 fois, donner 73 260 coups de machette et transporter 800 tas de 15 kg… c’est dire ! Ces ouvriers (hommes et femmes), transformés en véritables esclaves, travaillent jusqu’à 12 heures par jour et meurent parfois d’épuisement. « Le sucre et l’alcool brésiliens sont imprégnés de sueur, de sang et de mort », déclare Maria Cristina Gonzaga, chercheuse au ministère du travail. La canne à sucre étant fort rentable (40 milliards de reais), on craint que cela ne ramène le Brésil aux temps chaotiques de la monoculture. Est-ce là l’une des grandes améliorations promises ?

Le cas indonésien

En Indonésie, la culture du palmier à huile destiné à la fabrication de biocarburants, est responsable d’une déforestation abusive. On peut parler ici de véritable désastre écologique. Les « Amis de la Terre » estiment que la plantation de palmiers à huile est responsable de 87 % de la déforestation en Malaisie entre 1985 et 2000. On peut d’ores et déjà prédire que dans 15 ans, 98 % des forêts pluviales d’Indonésie et de Malaisie auront totalement disparus. Et avec elles, un grand nombre d’espèces animales implacablement condamnées : tigres de Sumatra, éléphant asiatique, orang-outan… Les sols sont pollués par les engrais, les pesticides et par les produits industriels qui servent à l’extraction de l’huile. Dans ces plantations, les conditions de travail sont déplorables et dangereuses : salaires misérables, maladies dues à l’utilisation des pesticides, actes de violence... Odieux : des êtres humains appartenant à des tribus indigènes sont chassés en grand nombre de leurs terres par les incendies (destinés à préparer les plantations). Leurs droits au sol n’étant pas reconnus, ils sont expulsés, souvent de force, par l’armée et la police. En mai 2007, l’Indonésie est entrée dans le Guiness des records. C’est le pays de notre planète qui détruit le plus vite ses forêts. Elle rase l’équivalent de 300 terrains de football par jour. Un écosystème unique au monde – et non renouvelable ! – est voué à l’anéantissement.

Conclusion

« Cette alternative énergétique écologique née avec de bonnes intentions, risque de tomber, comme en Amérique latine et dans les pays de l’Asie du Sud, dans les mains de l’industrie de l’agrobusiness, et des multinationales », tranche Abdou Aziz Mboup, l’expert sénégalais en énergie propre. Certains voient dans les biocarburants une grosse arnaque, un miroir aux alouettes. Ou pire : le prétexte d’une exploitation à court terme à peine masquée. « Pourquoi nourrir les voitures et non les hommes ? », répètent les défenseurs des droits de l’Homme. Méditez ceci : pour fabriquer l’équivalent du plein d’un gros 4 x 4 avec de l’éthanol pur, il faut plus de 200 kg de maïs, de quoi nourrir un homme pendant 1 année. Face aux nouvelles études menées sur les biocarburants, les prévisionnistes de la Banque mondiale lancent un cri d’alerte. Puis l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) s’inquiète car, dit-elle, la tentation sera grande « de remplacer les écosystèmes comme les forêts, les zones humides et les pâturages par des cultures destinées aux agrocarburants. » Nouvelles tendances : le Québec conçoit l’avenir de ses biocarburants dans les résidus forestiers plutôt que dans le maïs. En Allemagne, le centre de recherche de Karlsruhe (Allemagne) présente son procédé « bioliq » qui permet de transformer des résidus forestiers et agricoles en carburants synthétiques. La Suède et la Suisse parient, elles aussi, désormais sur le bois. L’aube du monde durable semble décidemment avoir du mal à se lever.

 

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